Bulletin d'ancienne littérature et d'archéologie chrétiennes 1 (1911) pp. 127-8


VESTIGES D'APOCRYPHES DANS LE DE PAENITENTIA DE TERTULLIEN, xii, 9. — Le De Paenitentia se ferme sur une phrase obscure et jusqu'ici mal expliquée : « Etant moi-même un pécheur, déclare Tertullien, je ne puis facilement me taire au sujet de la pénitence, puisque Adam lui-même, le premier auteur de la race humaine et de là révolte contre le Seigneur, une fois rétabli par l'exomologèse dans son paradis, ne se tait pas non plus sur elle. » Oehler ne signale même pas la difficulté. J'avais cherché vainement à expliquer cette allusion pour mon édition de ce traité dans la collection Hemmer Lejay. M. Preuschen dans sa récente réédition du Paenitentia De Pudentia (Tubingen, Mohr, 1910), fournit en note deux références, que j'ai vérifiées. Il renvoie en premier lieu à la Vita Adae et Euae, § 40, dont nous possédons un texte grec publié par Tischendorf, dans ses Apocalypses Apocryphae, 1866, sous le titre Apocalypsis Mosis, et deux textes latins de longueur inégale publiés par M. W. Meyer, dans les Abh. d, bayer. Ak. d. Wiss., phil.-hist. Kl., XIV, 3 (1878), p. 185 et s.1. On y lit qu'Adam ayant fait pénitence2, et ayant reçu son pardon de Dieu, sur l'intercession des anges 3, fut enseveli après sa mort dans le Paradis 4. Cela explique bien, ce me semble, l'exhomologesi restitutus in paradisum suum, mais non pas le non tacet. -- D'autre part, dans les Apocryphen gnostichen Adamschriften, traduits de l'arménien en allemand par M. Preuschen (Giessen, 1900), figure un récit de la pénitence d'Adam (p. 41 et s.), où Adam exprime d'amers regrets sur le paradis perdu 5. Mais à ce moment il n'est pas présenté comme déjà restitutus in paradisum.

L'exégèse de ce texte du De Paenitentia n'est donc pas encore absolument élucidée. Il me paraît probable que Tertullien aura combiné en une même phrase des traits rencontrés dans des documents apocryphes d'origine differente. Et l'hypothèse n'est pas sans intérêt pour la question des sources où il puise.

P. DE LABRIOLLE


1. Il faut citer encore Das altkirchenslavische Adambuch, traduit en latin par JAGIC (Denkschr. d. Wien. Ak. d. Wist., phil.-hist. Kl., t. XLII (1893) p. 1 et s.). M. DUFOURCQ a donné une analyse du texte de W. Meyer, dans ses Gesta Martyrum, IV, 401.

2. Cf. MEYER, p. 226, I. 97 (Vita Ad., § n) : Adam uero perseuerauit XL diebus stans in poenitientia in aqua Iordanis.

3. Apoc. Mosis, § 33-36; cf. § 38.

4. MEYER, p. 242, i. 80 (§ 48) : « Et dixit iterum Dominus ad Michahel et Urihel angelos : afferte mihi tres sindones bissinas et expandite super Adam. Et alias sindones super Abel filium eius, et sepelite Adam et filium eius. Et processerunt omnes uirtutes angelorum ante Adam. Et sanctificata est dormitatio mortuorum. Et sepelierunt Adam et Abel Michahel et Urihel angell in partibus paradisi, uidentibus Seth et matre eius et alio nemine. » — Cf. Apoc. Mosis, § 40-42. Notons que saint Irénée fait grief à Tatien d'avoir nié le salut d'Adam (C. Haer., I, xxviii, 1 ; P. G. VII, 691).

5. « Quand Adam fut sorti du Paradis, il prit Eve sur l'ordre de Dieu et s'installa dans le voisinage du Paradis. Continuellement ils le contemplaient et leurs regrets passionnés leur infligeaient une perpétuelle tristesse... C'était pour Adam un chagrin inconsolable, pour Eve une amére douleur, et ces premiers créés parmi les êtres faisaient preuve d'un très grand repentir, d'une très grande pénitence. Tous les jours de leur vie ils pleuraient en face du Paradis, et ils disaient : 'O délicieux Paradis, et vous, belles fleurs, jardin odoriférant, coteau « délectable, jardin planté par Dieu! Prenez pitié de ceux qui fous ont fait tort, mais qui ont besoin de vous, etc.' Ainsi demeura Adam, pleurant avec sanglots et plaintes, pendant 830 ans [Suit le récit de sa mort].»


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