Revue des sciences religieuses 25 (1951) pp.96-97


        E. EVANS, Tertullian's Treatise against Praxeas. Londres, S. P. C. K.
1948. In-8°; viii - 342 pages. Prix : 21 s.

        Parmi les ouvrages de Tertullien, l'Adversus Praxean est le plus
important pour l'histoire du dogme chrétien. Pour en donner une tra-
duction et un commentaire, le Reverend Evans ne s'est point contenté
des éditions d'Oelher (1853-54) et de Kroymann (CSEL 1906) ; la publi-
cation de ce dernier avait admis trop de corrections hasardeuses. Il
présente donc un texte qui marque un retour aux leçons des manuscrits
et dans lequel il n'accorde aux conjectures qu'une place limitée, en onze
cas seulement. Son édition, tirant profit de justes observations d'Engel-
brecht et de Tourner, marque ainsi une nette amélioration. On doit pour
tant regretter que sa base ait été assez étroite. Ce traité de Tertullien
nous est conservé dans quinze manuscrits encore existants, parmi lesquels
le Codex Luxemburgensis 75 resté, de façon surprenante, ignoré de Kroy-
mann. Quatre seulement de ceux-ci fournissent des leçons à Evans, qui
utilise, en outre, les indications de neuf éditions basées, pour une part,
sur des mss. aujourd'hui disparus. Il ne fait pas état de plusieurs études
qui ont présenté des observations ou suggestions sur divers passages de
ce traité : celle de L. Rosenmeyer, Questiones Tertullianae, Strasbourg
1910, et de G. Thörnell, Studia tertullianea. Upsal 1917, 1921, 1922 et
1925. Au § 9, portendat (p. 97, ligne 29), proposé par Fr. Junius (1579),
méritait d'être cité, dans l'apparat au moins, car ce verbe se retrouve
ailleurs sous la plume de Tertullien avec le sens de «signifier» qui
pourrait convenir ici (cf. J. H. Waszink, De anima. Amsterdam 1947,
p. 257) .

        La présentation séparée du texte (p. 89-129) et de la traduction
(p. 130-179) n'offre, pour le lecteur, que des inconvénients; la dispo-
sition du commentaire à la fin du volume est normale, mais elle aggrave
l'incommodité que je viens de signaler. L'introduction commence par pré-
senter la vie et l'oeuvre de Tertullien; puis elle retrace les divers
phases de la controverse monarchienne. Après un résumé du traité, quel-
ques remarques sur l'influence que celui-ci exerça sur des auteurs du


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IIIe ciècle, ainsi que sur la dette de Tertullien envers les Apologistes
et Irénée. Un paragraphe intéressant examine ensuite la terminologie
théologique de Tertullien (p. 38-75) ; il trouve un complément dans plu-
sieurs notes du commentaire. Pour terminer la présentation de l'auteur
de l'Adversus Praxeas, quelques pages (75-82) sont consacrées au mon-
tanisme; elles sont suivies de quelques indications sur les mss. et les
éditions (p. 82-85) qui ont servi de base au présent travail. Le commen-
taire de cette introduction témoigne d'une bonne connaissance du traité,
du contexte théologique et historique. Sans doute plusieurs lecteurs, par-
tisans de l'antériorité d'Hippolyte par rapport à Tertullien, ne souscri-
ront pas à tout ce qui est dit aux p. 23-25 ou dans l'une ou l'autre
observation du commentaire. L'appartenance des saintes Perpétue et Fé-
licité à la secte montaniste n'est-elle pas plus dénuée de probabilité que
ne le pensait J. A. Robinson, cité à la p. 76 ?

        On ne se plaindra pas de la longueur du commentaire (p. 183-331).
Le résumé de chaque chapitre du traité est suivi de notes consacrées
à en élucider diverses expressions à l'aide de références soit à la Bible,
soit à des auteurs chrétiens ou paiens; en d'autres cas, c'est l'origine ou
la fortune de telle expression qui est étudiée.

        Quatre Index précieux terminent le volume : Index of Scripture Texts
(p. 332-334), Index scriptorum antiquorum (p. 335-337), Index locorum
ipsius Tertulliani
(p. 338-340), Index locorum verborum latinorum atque
graecorum
(p. 341-342).

        L'auteur déclare qu'il n'avait d'abord fait son travail que pour se
« reposer des plus absorbants devoirs de sa profession » et il a redouté
d'avoir écrit ea quae nec indocti intellegere possent nec docti legere cura-
rent
. Il peut déposer toute crainte pour ce qui concerne tous ceux qui
désirent mieux connaître l'oeuvre de Tertullien. Le vicar de Hellifield
nous a donné une nouvelle preuve que les esprits ne se mesurent pas
à la hauteur de la chaire d'où ils communiquent leurs idées. Souhaitons
lui encore quelques loisirs, puisqu'il s'est proposé de nous présenter les
traités de Tertullien qui attendent depuis plus d'un demi-siècle leur publi-
cation dans le Corpus de Vienne.

Henri CHIRAT.

Among the works of Tertullian, Adversus Praxean is the most significant for the history of the Christian dogma. To give a translation and a commentary of it, Reverend Evans was not satisfied with the editions of Oehler (1853-54) and Kroymann (CSEL 1906); the publication of this last had admitted too many hazardous corrections. It thus presents a text which marks a return to the readings of the manuscripts and in which it grants to the conjectures only a limited place, in eleven cases only. His edition, profiting by correct observations of Engelbrecht and Turner, marks thus a clear improvement. One must consider it most regrettable  that its base was rather narrow. This treatise of Tertullian is preserved to us in fifteen still existing manuscripts, among which the Codex Luxemburgensis 75 remained, in a surprising way, ignored by Kroymann. Four only of those provide readings to Evans, who used, moreover, indications of nine editions based, partly, on mss. now disappeared. He does not give a report on several studies which presented observations or suggestions on various passages of this treatise: those of L Rosenmeyer, Questiones Tertullianae, Strasbourg 1910, and of G Thörnell, Studia tertullianea. Upsal 1917, 1921, 1922 and 1925. In § 9, portendat (p. 97, line 29), proposed by Fr. Junius (1579), deserved to be quoted, in the apparatus at least, because this verb is found elsewhere under the pen of Tertullian with the sense of "to signify " which could be appropriate here (cf J H. Waszink, De anima. Amsterdam 1947, p. 257).

The separate presentation of the text (p. 89-129) and the translation (p. 130-179) offers, for the reader, only disadvantages; the provision of the commentary at the end of volume is normal, but it worsens the inconvenience which I have just mentioned. The introduction starts by presenting the life and the work of Tertullian; then it recalls the various phases of the Monarchian controversy. After a summary of the treatise, some remarks on the influence that this one exerted on authors of the IIIrd century, like the debt of Tertullian towards the Apologists and Irenaeus. An interesting paragraph examines then the theological terminology of Tertullian (p. 38-75); it finds a complement in several notes in the commentary. To finish presenting the author of Adversus Praxeas, some pages (75-82) are devoted to Montanism; they are followed by some indications on the mss. and the editions (p. 82-85) which were used as a basis for the present work. The commentary of this introduction testifies to a good knowledge of the treatise, and its theological and historical context. Undoubtedly several readers, in favour of the anteriority of Hippolytus compared to Tertullian, will not subscribe to all that is said in p. 23-25 or in one or the other observation of the commentary. The membership of St. Perpetua and Felicitas of the Montanist sect isn't as stripped of probability as in J A. Robinson, cited on p. 76?

One will not complain the length of the commentary (p. 183-331). The summary of each chapter of the treaty is followed by notes devoted to elucidate  various expressions using references either to the Bible, or with Christian authors or pagans; in other cases, it is the origin or the future of such expressions which is studied.

Four invaluable Indices finish the volume: Index of Scripture Texts (p. 332-334), Index scriptorum antiquorum (p. 335-337), Index locorum ipsius Tertulliani (p. 338-340), atque Index locorum verborum latinorum graecorum (p. 341-342).

The author declares that he had initially done his work only "to relax from the more demanding duties of his profession" and he has dreaded to have written ea quae nec indocti intellegere possent nec docti legere curarent. He can abandon all fear regarding all those who wish to better know the work of Tertullian. The vicar of Hellifield has given us a new proof that the spirits are not measured at the level of the pulpit from where they communicate their ideas. Still let us wish him some leisures, since he proposes to present to us the treatises of Tertullian which have awaited for more than half-a-century their publication in the Corpus of Vienna.

Henri CHIRAT.


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