Vigiliae Christianae 2 (1948) pp. 185-200


LA VALEUR DU CODEX TRECENSIS DE TERTULLIEN POUR LA CRITIQUE DE TEXTE DANS LE TRAITE DE BAPTISMO

PAR

J. W. PH. BORLEFFS.

La découverte, à Troyes, d'un nouveau manuscrit de Tertullien, datant du douzième siècle et originaire de Clairvaux, a été sans doute l'événement le plus important pour la critiqué de texte des ouvrages de cet auteur pendant ces dernières années. Ce manuscrit contient cinq de ses écrits, à savoir Adversus Iudaeos, De carne Christi, De resurrectione mortuorum -- appelé ailleurs De carnis resurrectione --, De baptismo et De paenitentia, dans l'ordre que nous donnons 1. La valeur du manuscrit est évidente dans les écrits Adversus ludaeos et De carne Christi, où ses leçons occupent une position intermédiaire entre celles des meilleurs témoins, l'Agobardinus et le Fuldensis d'un côté et celles des autres manuscrits de l'autre. La comparaison détaillée des différentes leçons est encore à faire 2.

L'importance de la nouvelle découverte est sans pareille pour le court traité De baptismo qui ne subsistait dans aucun manuscrit: les éditions de cet ouvrage reposaient toutes sur l'édition de Paris de 1545 (B), attribuée à Jean Gagny (Gangneius), mais due en réalité à Martin Mesnart, comme l'a remarqué M. Kroymann. Malheureusement le texte du De baptismo ne se trouve pas entièrement dans T: la fin, à partir du ch. 18, 2 occurrit in tempore, y manque parce que quelques feuillets de l'exemplaire suivi par le copiste |p186 y faisaient défaut. Mais la plus grande partie de l'ouvrage nous reste dans T et nous met à même de constituer, à plusieurs endroits, pour la première fois, le texte exact 3.

Cependant on pourrait indiquer bien des endroits où le choix paraît difficile entre les leçons de T et celles de B; où l'une et l'autre leçon, quoique très différentes entre elles, donnent un sens satisfaisant et se laissent défendre comme provenant de Tertullien lui-même 4. Tel le début de notre écrit. Dans B il y a: Felix sacramentum aquae nostrae quia ablutis delictis pristinae caecitatis in vitam aeternam liberamur! Non erit otiosum digestum istud ('cet écrit', c.à d. l'écrit qui suit) etc. D'après T cependant on devrait lire: De sacramento aquae nostrae, qua5  ablutis delictis pristinae caecitatis in vitam aeternam liberamur, non erit otiosum digestum istud. En apparence les deux leçons offrent un sens excellent: l'exclamation Felix sacramentum dans B trouve des parallèles dans d'autres endroits; cf. dans De baptismo même (ch. 15,3): Felix aqua quae semel abluit! etc.6. La seule objection contre cette leçon, qui paraît plus élégante que celle de T, pourrait être celle-ci, qu'en la suivant la phrase non erit otiosum digestum istud suivrait d'une manière un peu abrupte et singulière à ce qui précède, objection qui disparaît lorsque nous nous en tenons à la  |p187 version de T où otiosum ('inutile') est relié à de (sacramento), comme on le trouve ailleurs chez notre auteur: cf. De oratione 25, 1 (Diercks): De tempore vero non erit otiosa extrinsecus observatio etiam horarum quarundam 7. On voit que les deux leçons, quelque différentes qu'elles soient, se laissent défendre par d'autres endroits de Tertullien lui-même. Voilà qui rend le choix difficile.

Aussi a-t-on, en se basant sur ces endroits et sur d'autres pareils, émis l'hypothèse que dans De baptismo, tout comme dans l'Apologétique p. ex. -- d'après l'opinion courante du moins 8 --, nous aurions à faire à deux rédactions successives du texte, de la main de Tertullien lui-même 9. Et tout de suite la question se pose laquelle des deux rédactions doit être considérée comme la dernière, que l'auteur aurait voulue comme définitive. Or, on ne saurait douter que la rédaction donnée par B, qu'elle soit de Tertullien lui-même ou de quelqu'un d'autre, doit en tout cas être considérée comme la dernière des deux: quelque difficile que soit, à certains endroits, la décision à prendre, il y a un endroit significatif qui nous donne une certitude entière. Au ch. 18, 1 la parole de S. Paul dans I Timoth. 5, 22: Χεῖρας ταχέως μηδενὶ ἐπιτίθει μηδὲ κοινώνει ἁμαρτίας ἀλλοτρίαις 10 est rendue par B de la manière suivante: manus ne facile imposueris ne 11 participes aliéna delicta; T d'autre part a: manus ne facile inposueritis nec amartiis alienis communicaveritis. Ici la version B est sans doute une correction postérieure, puisqu'il serait invraisemblable que celui qui avait écrit le texte de B, l'aurait  |p188 changé plus tard à tel point qu'il aurait introduit le mot d'emprunt grec amartiis, qu'on ne trouve presque jamais dans toute la latinité -- le Thésaurus linguae latinae n'en cite qu'un seul exemple 12 --, au lieu d'un delicta original. Au contraire, tout auteur, que ce soit Tertullien lui-même ou un correcteur de date plus récente serait incliné à remplacer ce mot peu usité par l'expression latine normale 13 14.

Un deuxième endroit, presque tout aussi probant, a été indiqué par M. H. Koch 15. Dans Bapt. 3, 2 Gen. 1, 1 est citée comme suit, si nous nous en tenons à la rédaction de B: in primordio inquit fecit deus caelum et terram. Mais T donne: In principio in primordio inquit fecit caelum et terram 16. Or, M. Koch attire, à juste titre, notre attention sur le fait que Tertullien lui-même préfère primordium comme dans notre chapitre quelques lignes plus haut17, mais que là où il cite textuellement18 il écrit toujours in principio, 'wie offenbar in seinem Schrifttext stand', ajoute M. Koch: il admet, à ce qu'il paraît, que Tertullien puise ici à une traduction latine. Les citations de l'Evangile de S. Jean 1, 1 offrent une belle parallèle: littéralement il cite cet endroit toujours sous la  |p189 forme: in principio erat sermo 19; par contre lorsqu'il le rend de ses propres paroles, il met in primordio 20. Il est évident qu'à notre endroit la leçon in principio doit être considérée comme la première, changée plus tard, soit par Tertullien lui-même, soit par quelqu'un d'autre, en in primordio, modification dont T conserve encore la trace par sa double leçon.

La rédaction B doit donc être prise pour la plus jeune des deux. L'intérêt de cette constatation pour la constitution du texte est de toute évidence: si elle remonte en effet à Tertullien lui-même, on devra, autant que possible, suivre B; si, par contre, ses variantes viennent d'un correcteur, il faudra, en général, préférer T, ou du moins examiner soigneusement chaque leçon à part.

Avant de procéder à un examen détaillé des différents endroits la question pourrait se poser s'il est bien probable que Tertullien aurait donné deux rédactions successives du De baptismo. Cela n'aurait rien d'étrange en soi: nous savons par lui-même qu'il avait déjà traité en grec la même matière ou du moins une partie21. D'autre part on ne saurait contester que notre écrit, tout en contenant des passages brillants, parfaitement dignes du grand styliste qu'est l'auteur, présente quelques négligences de composition, de sorte que bien des savants y ont même vu un discours oral 22. Ce n'est qu'à peine, en effet, qu'on s'attend à une information comme celle du ch. 15, 1: Nescio si quid amplius ad controversiam baptismi ventilatur. Sane retexam quod supra omisi, ne inminentes sensus videar interscindere dans un écrit dont la composition aurait été préalablement conçue et établie avec soin: on se serait attendu de la part de l'auteur à la correction d'une négligence pareille dans une deuxième rédaction. Le deuxième paragraphe du même chapitre donne aussi l'impression d'avoir été bâclé à la hâte. Au ch. 12,3 (Et nunc illis ut potero respondebo) nous rencontrons également une transition un peu brusque et arbitraire. On pourrait peut-être |p190 citer encore d'autres endroits qui rendraient extrêmement problématique une seconde rédaction par Tertullien lui-même 23.

On devra donc en arriver à un examen comparé de toutes les variantes à part qui présentent quelque intérêt. Autrefois déjà 24 nous avons indiqué deux endroits où, dans B, le texte original a été modifié à tort pour des raisons évidentes. En premier lieu au ch. 1,1, en parlant de ceux qui viennent d'embrasser la foi chrétienne, l'auteur dit: qui . . . temptabilem fidem per imperitiam portant. Ainsi la leçon de T 25 qui donne un sens excellent: c'est justement des jeunes Chrétiens inexpérimentés que la foi est temptabilis, encore exposée à la tentation, en tant qu'elle peut encore facilement être ébranlée par des objections d'adversaires. Dans B au contraire nous lisons au lieu des paroles citées: qui ...intentatam probabilem fidem per imperitiam portant, donc tout autre chose: on dirait presque une polémique contre la leçon de T! Comment expliquer cela? Probablement quelque lecteur superficiel, ne pouvant pas comprendre qu'on puisse appeler temptabilis la foi chrétienne, réputée inébranlable, y a substitué les mots espacés de B, et c'est ainsi qu'ils ont pénétré dans le texte du manuscrit utilisé par Mesnart. Car il est difficile d'admettre que Mesnart lui-même eût apporté une si mauvaise correction 26. -- Un deuxième exemple de correction  |p191 arbitraire dans B se trouve au ch. 17, 1, où est traitée la question à qui revient le droit d'administrer le baptême. Tertullien y dit: Dandi (baptismi sc.) quidem summum (om. B) habet ius summus sacerdos, si qui est, episcopus; dehinc presbyteri et diaconi, c.à d. le droit suprême en revient au représentant ecclésiastique le plus élevé en rang, à savoir à l'évêque, s'il y en a un; un évêque manquant, aux prêtres, aux diacres et en dernier ressort, comme le montre le paragraphe 2, même aux laïques. Par suite probablement d'une mauvaise ponctuation on a mal compris cet endroit; de là vient que nous lisons dans B: summus sacerdos qui est episcopus. Que l'omission du mot si ne soit pas due au hasard, c'est ce que prouve clairement T, où la troisième 27 main a aussi modifié le texte, supprimé le mot est par des points et mis dem au-dessus, de sorte qu'on a alors summus sacerdos siquidem episcopus. L'omission de summum dans B est la conséquence de la correction qui est episcopus, summum n'ayant plus beaucoup de sens maintenant. Mais la vraie leçon nous est conservée par la première main de T.

Un troisième exemple enfin de modification consciente du texte 28 est donné par B au ch. 10, 2, où il est dit de la pénitence qu'elle est in hominis potestate. T par contre lit: in hominis voluntate, leçon admise de bon droit par le P. d'Alès dans son édition. Dans ses notes explicatives il fait l'observation suivante 29: Voluntatis humanae partes Tertullianus pro sua in stoicismo institutione fortiter tuetur, nedum extenuet. Quid humanum sit in paenitentia, plane videt: minus quod divinum, nec partes gratiae distincte assignat. On peut comprendre en effet qu'un lecteur, trouvant que par les paroles de Tertullien la grâce divine était écartée: comme facteur de la pénitence, a changé ici voluntate en potestate pour |p192 laisser ouverte la possibilité de l'influence de cette grâce dans la pénitence. Mais il vaut la peine peut-être d'examiner plus précisément notre endroit en son entier. Au ch. 10 il s'agit du baptême de S. Jean Baptiste. D'après Tertullien (10,2) Jésus lui-même avait déjà soumis aux Pharisiens la question 30 caelestisne is baptismus esset an vero terrenus. Mais ceux-ci ne savaient pas y répondre utpote non intelligentes quia nec credentes. Mais, continue Tertullien, puisque nous autres Chrétiens possédons la foi, nous pouvons nous réaliser divinum quidem eum baptismum fuisse, mandata tamen, non et potestate, quod et Iohannem a domino missum legimus in hoc munus, ceterum humanum 31 condicione: le baptême de S. Jean était divin, il est vrai, mais seulement en tant qu'il s'agissait de la mission donnée au Baptiste et non en ce qui concerne l'effet, car, tout en étant envoyé par Dieu, il était à part cela un homme ordinaire: (10, 2) nihil enim caeleste praestabat sed caelestibus praeministrabat, paenitentiae scilicat praepositus quae est in hominis voluntate. Tertullien considère donc ici la pénitence comme une affaire purement humaine 32 qui tombe sous la compétence de S. Jean comme par exemple la distribution du blé sous celle d'un fonctionnaire romain 33. Et c'est de la volonté humaine que dépend cette pénitence. Denique legis doctores et pharisaei, Tertullien continue au ch. 10, 3, qui credere noluerunt, nec paenitentiam inire voluerunt 34: voilà donc pourquoi (denique) les Pharisiens ne se sont pas repentis. Pourquoi pas? Parce qu'ils ne voulaient pas croire 35; 'ne pas se repentir' était la conséquence logique de 'ne pas vouloir croire': celui qui ne veut pas croire ne pourra pas se repentir, même pas vouloir se repentir: le repentir ne tombe pas sous la portée de sa volonté, non est in eius voluntate. Tertullien aurait pu dire  |p193 simplement: 'les Pharisiens ne se sont pas repentis parce qu'ils ne voulaient pas se repentir'. Mais il ramène en même temps le refus de se repentir des Pharisiens à sa cause première, leur refus de croire. Vu sous ce jour il n'est guère douteux que la leçon voluntate au 10, 2 est la correcte qui rend bien l'idée de Tertullien.

Les trois endroits que nous venons de traiter donnent à réfléchir, puisque à tous les trois nous voyons que la leçon originale, provenant de Tertullien lui-même et gardée intacte dans T, a été modifiée à tort dans B, pour des raisons que nous pouvons comprendre encore, mais qu'on devra appeler néanmoins parfaitement arbitraires. Aussi forment-ils à eux trois un argument solide contre la théorie d'une double rédaction et pour la supériorité de la version T. Voici encore quelques endroits qui semblent confirmer cette supériorité.

Dans la préface de son écrit (digestum) Tertullien dit au ch. 1, 1 qu'il est instruens tam eos qui cum maxime formantur quam et illos qui similiter (ainsi T; simpliciter B) credidisse contenti, non exploratis rationibus traditionum, temptabilem 36 fidem per imperitiam portant: l'écrit est destiné aussi bien à ceux qu'on est en train d'instruire dans les principes chrétiens qu'à ceux qui ont déjà reçu cette instruction, il est vrai, et qui ont été admis dans la communauté des croyants, mais dont la foi est encore peu stable par manque d'expérience et d'une connaissance plus approfondie des choses divines. Or, nous sommes convaincus que la leçon de T similiter est la vraie et nous soupçonnons Mesnart ou qui que ce soit d'avoir modifié arbitrairement cette leçon en simpliciter, mot séduisant sans doute à première vue, parce que, sous deux aspects, il n'avait pas compris le texte. Premièrement le sens spécifiquement chrétien de credidisse lui a échappé. Nous ne saurions faire mieux, sous ce rapport, que de citer les paroles de Mlle Mohrmann qui dit dans un article intitulé: 'Traits caractéristiques du latin des chrétiens' 37: 'Dans le latin des chrétiens on rencontre dès les temps les plus anciens un credidi avec une nuance ingressive et avec un sens spécifiquement chrétien: "assumer la foi, devenir croyant" 38; elle |p194 y voit la traduction d un aoriste grec ἐπίστευσα. Or, a notre endroit Mesnart ou un autre a mal interprété ce credidisse comme équivalant à credere; puis il a commis la faute de mettre similiter -- si cela s'est trouvé dans son manuscrit aussi -- en rapport avec credidisse, ce qui ne donnait pas de sens. C'est pourquoi il a changé similiter en simpliciter, solution assez ingénieuse à première vue. Mais si nous joignons similiter à portant, en ajoutant une virgule, nous obtenons une phrase pleine de sens: Tertullien distingue deux groupes de personnes qui ont encore besoin d'être soutenues par son écrit, à savoir ceux qui sont encore en voie de formation et ceux qui ont de la même manière la foi encore instable en se contentant d'être devenus chrétiens, sans avoir pénétré plus profondément dans les raisons des traditions.

-- A la fin du chapitre 3 Tertullien a dit qu'il ne veut pas insister sur l'autorité (auctoritas) de l'eau, ne laudes aquae potius -- à la manière des anciens rhéteurs 39 -- quam baptismi rationes videar congregasse, quoiqu'une digression plus détaillée pût présenter des avantages. Nous, juxtaposerons le texte de B et de T de ce qui suit alors au ch. 4.

B

Sed ea satis erit praecerpsisse, in quibus et ratio baptismi recognoscitur, prima illa quae iam tunc etiam ipso habitu praenotabatur ad baptismi figuram, dei spiritum qui ab initio supervectabatur super aquas intinctorem oraturum.

T

sed ad ea satis erit praeripuisse in quibus et ratio baptismi recognoscitur prima illa qui iam tunc etiam ipso habitu praenotabatur baptismi figurandi spiritum qui ab initio super aquas uectabatur. super aquas instinctorem moraturum.

Le texte de B n'est pas en règle et avant la découverte de T on |p195 a essayé de le corriger au moyen de différentes conjectures dont nous ne ferons pas l'énumération ici. Comparons plutôt B et T. Au lieu de ea T lit ad ea, ce qui donne un sens excellent ( = πρὸς ταῦτα), quand on joint l'objet requis à praecerpsisse (praeripuisse), c.à d. prima illa, bien interprété, à notre avis, par M. Kroymann 40 comme primordia illa: en grec on dirait τὰ πρῶτα ἐκεῖνα. Le choix est difficile entre praecerpsisse de B et praeripuisse de T; toutefois les syllabes ripuisse étant écrites dans une rature il est possible que dans T aussi s'est trouvé praecerpsisse à l'origine 41. Par contre on ne pourrait guère hésiter à préférer qui à quae de B, puisqu'alors le sujet de praenotabatur se montre d'un seul coup, à savoir spiritus, tandisque jusqu'ici on mettait généralement ce verbe au pluriel pour pouvoir lui donner ea ou prima illa comme sujet. De même on préférera baptismi figurandi de T à ad baptismi figuram dei de B: probablement il n'y a eu que (baptismi) figuram di (au lieu de figurandi) dans le codex de Mesnart, et il aura ajouté ad pour obtenir un sens. L'emploi final du génitif du gérondif est très usité chez Tertullien comme chez Tacite et beaucoup d'autres 42. Il va sans dire que dans la suite la leçon de T spiritum qui ab initio super aquas ferebatur, super aquas ... moraturum supprime, comme par enchantement, toutes les difficultés. Et pour finir, devons-nous lire intinctorem avec B, un ἅπαξ εἰρημένον d'après Hoppe 43, ou instinctorem avec T? Intinctorem n'a guère de sens, puisqu'on ne |p196 saurait dire que c'est l'Esprit qui baptise. C'est pourquoi on y substitue le plus souvent la conjecture de Rigault intinctorum44, ce qui ne satisfait pas non plus: il est improbable, en effet, que Tertullien ait voulu dire que l'esprit de Dieu demeure reposé45 seulement sur les eaux employées par ceux qui administrent le baptême -- idée impossible, à tout prendre! --, mais qu'il repose au contraire sur toutes les eaux et que c'est par là que l'eau du baptême peut exercer son effet salutaire. Or, le texte prend immédiatement ce sens quand nous lisons avec T instinctorem ('instigateur, inspirateur') 46. Tout ce passage nous fournit de nouveau une belle preuve de la supériorité de T, quoiqu'une modification consciente dans B ne soit pas si évidente ici que dans les cas précédents.

On pourrait dire la même chose de la fin du ch. 17 (§ 4 s.). Nous allons encore juxtaposer le texte de B et celui de T.

B

Petulantia autem mulier quae: usurpavit docere utique non etiam tinguendi ius sibi pariet nisi si quae nova bestia evenerit similis pristinae ut quemadmodum illa baptismum auferebat, ita aliqua per se conferat. Quodsi quae Pauli perperam scripta 47 sunt scrip-|p197 

T

Petulantur aut(em) mulieri[e]s; que usurpant (nt in ras.) docere; utiq; n(on) etiam tinguendi ins sibi rapiet; nisi si q(uae) noue bestie ueneru[i]nt similes pristinae; ut quemadmodum illa baptismum auferebat; ita aliqua p(er) se conferat. Quodsi-|p197 

tum Theclae ad licentiam mulierum docendi tingendi quae defendant sciant in Asia presbyterum . . . confessum id se amore Pauli fecisse loco decessisse.

que acta Pauli que p(er)peram scripta sunt. exemplum tecle ad licentiam mulierum docendi tinguendi que[q;] defend(un)t; Sciant in asia presbites . . . confessum. id se amore pauli fecisse loco decessit;

Ici non plus le texte de B n'est en règle, pas plus que celui de T; celui-ci porte des traces évidentes de modifications, faciles à expliquer cependant: la faute petulantur au début a été cause de la correction (par une seconde main!) de mulieris en mulieres, comme celle de usurpavit en usurpant. Presbites et decessit à la fin sont aussi des altérations arbitraires, causées par l'interversion de quelques feuillets de l'archétype de T 48. Abstraction faite de cela le texte de T se montre infiniment supérieur. Tout de suite au début la leçon originale de T mulieris, déjà conjecturée par Orsini, est juste, contrairement à celle de B 49; l'auteur de la leçon mulier dans B a probablement vu un ablatif dans petulantia. Puis rapiet de T est certainement préférable à pariet de B: cela résulte clairement des nombreux exemples de rapere dans ce sens chez Tertullien, réunis par Thörnell 50. Le choix paraît plus difficile entre le singulier nova bestia de B et le pluriel de T; nous croyons pourtant qu'il faudra préférer ici encore la leçon de T novae bestiae en vue du |p198 mot suivant aliqua, que l'on comprend bien mieux quand on lit le pluriel 51. Au paragraphe suivant la plus grande fidélité de T se montre avec plus d'évidence encore, en premier lieu par les mots acta pauli, par lesquels les Actes apocryphes de Paul, dont il s'agit ici, sont mis au jour effectivement, et par exemplum tecle à l'opposé de scriptum Theclae de B 52. Mais aussi le mot quae (après pauli), que T a en plus, prouve la même chose, voire il complète et rétablit tout le passage. Jusqu'ici on interprétait quae après quodsi comme un pluriel neutre; or, il est évident que c'est un pluriel féminin d'où se révèle d'un seul coup le rapport avec le paragraphe précédent. Acta Pauli devient l'objet de defendunt; il vaut mieux voir comme une parenthèse les mots exemplum Theclae, que Rigault voulait écarter du texte. Ce n'est qu'à présent encore que l'on découvre le sujet de sciant, notamment les femmes qui defendunt! Tout le passage devient maintenant comme suit: Quodsi quae (mulieres sc.) Acta Pauli quae perperam scripta sunt (-- exemplum Theclae!--) defendunt, sciant etc.

-- Nous voyons donc que T donne un meilleur texte que B à tous les endroits que nous avons traités jusqu'ici -- et l'on pourrait encore en augmenter le nombre! 53 --, exception faite pour 1, 1, où en apparence les deux leçons, de T (De sacramento) et de B (Felix sacramentum), se laissent défendre avec autant de raison54. Nous ferons bien pourtant d'admettre ici encore, si cela est possible, que la leçon de T est celle de l'origine, puisqu'ailleurs T a également conservé le texte original. Mais comment expliquer alors que B soit arrivé ici à une leçon si totalement différente, qui ne peut être provenue, d'aucune manière, des mots tels que T les donne? Il n'y a qu'une explication que nous saurions donner: on pourrait peut-être admettre que dans le manuscrit employé par Mesnart il ne s'est|p199 pas trouvé Felix sacramentum ni De sacramento, mais seulement sacramento ou e sacramento, pendant qu'un espace était laissé en blanc pour que le miniaturiste y pût ajouter plus tard le mot De ou la lettre D 55. Ce sera probablement Mesnart lui-même qui aura inventé la tournure Felix sacramentum, sur le modèle du ch. 15, 3 Felix aqua en premier lieu. Qu'il n'ait pas adopté la leçon de T, quoiqu'il connût ce dernier, s'explique peut-être par le fait que dans T il y a une lourde ponctuation (point bas) après les mots De sacramento, de sorte que, en lisant superficiellement, ces mots ont l'air d'un titre destiné à l'ouvrage entier. Quoi qu'il en soit, dans d'autres cas aussi Mesnart a méprisé les vraies leçons de T. Nous voilà arrivés à la fin de nos recherches qui, à ce qu'il nous semble, ont donné pour résultat la preuve de la supériorité du codex Trecensis, comparé au manuscrit suivi par Mesnart tel que nous|p200 le connaissons par son édition et l'extrême invraisemblance d'une seconde rédaction par Tertullien lui-même. Par conséquent tous ceux qui, à l'avenir, prépareront une nouvelle édition du De baptismo 56 feront bien de suivre, en principe, partout les leçons de T dans la partie de notre écrit conservée dans ce manuscrit, même aux endroits peu nombreux où la leçon de B, prise en elle-même, offre aussi un sens satisfaisant; aux seuls endroits où T montre des fautes évidentes, B pourra prendre le pas sur celui-là.

La Haye, Waalsdorperweg 217.


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1 Le manuscrit (no 523, appelé T dans la suite) fut découvert par le bénédictin André Wilmart en 1916. Cf. son article 'l'Ancienne bibliothèque de Clairvaux' dans Mémoires de la société académique d'agriculture, des sciences, arts et belles lettres du département de l'Aube, 1917, p. 167; puis le même auteur dans Anal. Boll. 38 (1920), pp. 241-284.

2 Cf. provisoirement M. Kroymann dans CSEL vol. 70 (1942), pp. XIII et suivantes.

3 A l'aide de T nous avons reconstruit les leçons correctes de quelques endroits dans Philologische Wochenschrift 51 (1931), col. 251--55, ensuite dans nôtre édition parue à Leyde en 1931. Sans connaître celle-là le P. d'Alès a publié une nouvelle édition du De baptismo (Rome 1933) en se servant également de T. Nous regrettons de devoir constater que son édition ne montre guère de progrès comparée à la nôtre. L'auteur, en effet, n'a absolument pas compris la valeur de T, de sorte qu'il omet plusieurs variantes de T et ne met pas à profit celles qu'il mentionne. On dirait qu'il a senti lui-même qu'il a méconnu la valeur de T, puisqu'il dit à la p. 5 de sa préface: Quod si quis censuerit ex illis lectionibus quas negleximus potuisse unam aut alteram palaeographo magis exercitato videri non indignam mentione, non acriter contradicemus.

4 Nous avons réuni un certain nombre de ces endroits dans la préface de notre édition, p. 7 et ss.

5 Ce qua (opposé à quia de B), déjà conjecturé par Orsini, est naturellement la bonne leçon.

6 Cf. dans d'autres ouvrages: De carnis resurrectione 26 (p. 63, 7 Kroymann): Felix nimirum fides si ea consecutura est etc.; De oratione 2,3 (1. 8 Diercks): Felices qui patrem agnoscunt! Ad Uxorem I 3 (1. 44 Kroymann) : Felicem illum qui Pauli similis extiterit!

7 Avec un infinitif Apol. 10,6 (1. 24 Hoppe): Otiosum est etiam titulos persequi; De pat. 5 (p. 6,11 Kroymann): procudere disputationem de necessariis fidei non erit otiosum.

8 Cette opinion a été surtout défendue par le savant suédois Thörnell dans ses Studia Tertullianea IV (1926); cf. Hoppe dans la préface de son édition dans CSEL 69 (1939), pp. XXXVII--XLVII. Il nous semble que cette hypothèse n'est pas si sûre qu'on ne paraît vouloir accepter aujourd'hui et demande un examen nouveau. -- On pensera aussi aux livres Adversus Marcionem dont une partie des trois premiers livres a été récrite par l'auteur pas moins de trois fois. Mais dans ce cas il y avait chaque fois un motif bien fondé pour une nouvelle rédaction du texte. Cf. la dernière étude sur cette matière de M. Quispel, De bronnen van Tertullianus Adv. Marc., Leyde 1943, pp. 3--21.

9 Voir F. J. Dölger, Antike u. Christentum 2 (1930), p. 118.

10 Dans la Vulgate: manus cito nemini imposueris neque communicaveris peccatis alienis.

11 Pour le second ne il faudra certainement lire nec.

12 à savoir dans une inscription chrétienne originaire du cimetière de Calliste chez Diehl Inscr. lat. Chr. veteres 1558 1. 10: ut possit amartias meas indulgere. Cf. aussi le titre du poème de Prudence: Hamartigenia.

13 Nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer que si d'une part notre endroit semble fortement appuyer l'opinion de ceux qui comme G. J. D. Aalders, Tertullianus' citaten uit de Evangeliën en de oud-latijnsche bijbelver-talingen, Amsterdam 1932, et G. Quispel, op. laud., pp. 104 et ss., croient que Tertullien traduisait directement du grec, d'autre part le même endroit et celui que nous examinerons après nous font regarder avec réserve des recherches pareilles par suite du caractère incertain du texte des citations de la Bible.

14 Une autre preuve de la date plus récente de B serait peut-être le singulier imposueris et participes comme dans le texte grec, contrairement au pluriel dans T. Il semble en effet plus probable qu'une main correctrice, que ce soit celle de l'auteur lui-même ou d'un autre, ait essayé de faire concorder une traduction d'abord fautive avec l'original que d'admettre le contraire.

15 dans un compte-rendu de notre édition du De baptismo dans Theologische Literaturzeitung 1932, col. 589.

16 Dans T deus fait donc défaut, omission sans importance pour notre but.

17 et encore 4, 2 et 5, 4.

18 Adv. Hermog. 3 (p. 129, 13 Kroymann); 20 (p. 149,5 Kr.); 26 (p. 154,9 Kr.); Adv. Praxean 5 (p. 233,3 Kr.).

19 Adv. Hermog. 20 (p. 149, 5 Kr.); Adv. Prax. 13 (p. 247,13 Kr.); 21 (p. 263,23 Kr.).

20 Adv. Prax. 5 (p. 233,15 Kr.); 16 (p. 256,11 Kr.).

21 V. ch. 15,2: Sed de isto plenius iam nobis in graeco digestum est.

22 Cf. E. Noeldechen, Die Abfassungszeit der Schriften Tert.s. T. u. U. 5, 2 (1888), p. 366; P. Monceaux, Histoire litt. de l'Afrique chrétienne I (1903), p. 366; J. A. Knaake, Die Predigten des Tert. u. Cyprian, Theol. Stud. u. Krit. 1903, p. 631.

23 C'est pourquoi nous avons rejeté autrefois nous-même la théorie de Dölger d'une double rédaction de Tertullien même (voir la préface de notre édition p. 8) en y substituant une autre, à savoir que les variantes équivalentes de B et de T remonteraient pourtant toutes les deux à Tertullien lui-même qui aurait écrit dans son propre exemplaire des variantes au-dessus ou à côté du texte; ces variantes auraient pénétré plus tard, tantôt seules, tantôt en combinaison avec la leçon originale, dans les copies postérieures du texte. Il est clair que pour la constitution du texte il revient au même si l'on préfère suivre la théorie de Dölger ou notre modification de cette théorie.

24 dans la préface de notre édition, p. 7.

25 Seulement T donne imperia iam au lieu de imperitiam, faute paléographiquement facile à expliquer.

26 Dans T aussi figurent de telles corrections fautives, p. ex. au ch. 3, 1, où Tertullien dit: Nihilominus quam stultum et impossibile sit aqua reformari rettactemus (ainsi B, excepté la restitution par la conjecture proposée par nous de retractemus au lieu de fractemus T ou tractamus B). Dans T les mots espacés ont été changés en stulte sed possibile par un lecteur qui n'a pas compris l'ironie de la leçon originale. Mais sed (s;) a été écrit d'une autre main dans une rature! Probablement T avait donc d'abord la leçon correcte. -- Le lecteur pourra trouver d'autres exemples de corrections fautives dans T, de la première main aussi, dans la préface de notre édition p. 6. Mais elles résultent toujours d'une tentative d'éliminer une leçon considérée comme corrompue, p. ex. au ch. 13, 2 où T donne nec potentiam habuit sine, là où B dit: nec potest iam sine, expression propre au style de l'auteur qu'on n'avait pas comprise.

27 Les variantes de cette main n'ont pas de valeur diplomatique: v. la préface de notre édition, p. 7.

28 modification que nous avons mal jugée autrefois: v. notre édition, p. 7. 

29 p. 36.

30 Matth. 21,24 s.

31 humanum se rapporte à Iohannem, non à munus!

32 Un peu plus loin (10,3) Tertullien dit lui-même: Quodsi paenitentia humanum est ('une affaire humaine'), et baptismus ipsius (paenitentiae sc.) eiusdem (c.à d. humanae) condicionis fuerit necesse est.

33 Notez le terme praepositus!

34 Ainsi T; B donne nec paenitentiam agete. Mais on comprend aisément que l'expression plus courante paenitentiam agere a remplacé celle, moins usitée, qui s'y trouvait à l'origine.

35 Plus haut, au ch. 10, 1 Tertullien avait dit: quia nec credentes. C'est ici seulement que l'élément de la volonté est introduit.

36 Sur la leçon temptabilem voir plus haut, p. 5.

37 Dans Miscellanea Giovanni Mercati, Studi e testi 121 1 (1946), p. 25 de l'extrait.

38 Elle cite comme exemple le ch. 17, 3 de la Passio Perpetuae et Felicitatis -- écrit attribué souvent à Tertullien --: ita omnes inde adtoniti discedebant e quibus multi crediderunt. De Tertullien lui-même elle aurait pu citer outre notre endroit le ch. 13, 3: tunc et Paulus, ubi credidit, tinctus est.

39 Cf. les épîtres de S. Jérôme 69,6, 1: de schola rhetorum aquarum laudes et baptismi, qui imite ici notre écrit de Tertullien comme il le fait régulièrement dans cette lettre.

40 Quaestiones Tertullianeae criticae, Innsbrück 1894, p. 74.

41 Tertullien a encore ce mot Adv. Prax. 3 (p. 230, 23 Kr.): at ego, si quid utriusque linguae praecerpsi, monarchiam nihil aliud significare scio quam singulare et unicum imperium et De anima 7,4 ( Waszink) : si quid tormenti sive solacii anima praecerpsit in carcere ... inferum, donc dans un autre sens. -- On trouve praeripere Adv. Marc. III 3 (p. 379, 12 Kr.), également dans un sens différent que ne l'exige le contexte ici.

42 Quoique Hoppe dans son Syntax u. Stil des Tert., Leipsic 1903 n'en souffle mot. Souvent on le trouve en combinaison avec un substantif comme Ad Nationes I 2, 2 (Borleffs): praesides extorquendae veritatis, De anima 10,5 (Waszink) : pabuli trans mittendi ... membra et ailleurs; mais aussi plus à part, p. ex. De anima 19, 1: viam sternunt postea inducendi eius. On en trouve un bel exemple dans De paenit. 7, 13: iterandae valitudinis iteranda medicina est comme on le lit dans le manuscrit de Troyes; les autres manuscrits et les éditions donnent iteratae valetudinis etc.

43 Beiträge zut Sprache und Kritik Tert. s, Lund 1932, p. 137.

44 D'autres conjectures sont intinctos de Gelenius et in tincto de Kroymann.

45 moraturum; ici encore T a conservé la vraie leçon, rétablie d'ailleurs depuis longtemps par conjecture.

46 Instinctor, mot que nous rencontrons depuis Tacite (Hist. I 22,3; IV 68,4) chez Ammien Marcellin (XXI 12,20; XXX 1,2) et d'autres, se trouve aussi chez Tertullien Adv. Marc. II 10 (p. 348,4 Kr.): in diabolum ... ut in instinctorem delicti.

47 La leçon scripta (au lieu de inscripta), corroborée aujourd'hui par T, a été défendue par M. Löfstedt (Zur Sprache Tert.s, Lund 1922, p. 79), qui compare Ps. Ascon. in divin. 25: in libris qui De oratore scribuntur. Il aurait pu citer en outre Svétone, vie de Néron 11: inducta Afrani togata quae incendium scribitur, où depuis Erasme on corrige inscribitur, et de Tertullien lui-même De praescr. haer. (1. 25 Kr.): (Apelles) quae ab ea (Philumena) didicerat, Φανερώσεις scripsit, où l'on se gardera bien d'adopter les altérations pleinement arbitraires apportées au texte par M. Kroymann, et De carne Chr. 12 (1. 28 Kr.): libellas quem scipsimus De testimonio animae. Comparez aussi S. Jérôme, épître 112,3,2: legisti enim et graecos et latinos qui vitas virorum inlustrium descripserunt, quod numquam Epitaphium huic operi scripserint, sed De inlustribus viris; ... Epitaphium autem proprie scribitur mortuorum. Ici S. Jérôme construit donc même le verbe avec un datif!

48 V. notre édition, p. 4.

49 Cette femme est la de Caina haeresi vipera du chapitre 1, 2, qui professait qu'on devait supprimer le baptême.

50 Op. laud., p. 118 s. Il suffit de citer, parmi les endroits qu'il a énumérés De anima 25, 3: (fetus) rapiens sibi iniurias matris et Adv. Marc. III 8 (p. 388,28 Kr.): Marcion sibi eam rapuit praesumptionem.

51 En outre, si Tertullien s'était servi du singulier il n'aurait probablement pas écrit aliqua mais haec (opposé à illa qui précède).

52 Il est vrai que exemplum se trouvait déjà dans les éditions depuis Gelenius qui l'avait emprunté à une note marginale de l'édition de Mesnart. Mais ces notes de B (dans De baptismo du moins) proviennent de T que Mesnart a consulté à côté du manuscrit plus complet qu'il a suivi de préférence. Voir notre édition, p. 5; Kroymann CSEL vol. 70, p. XX.

53 En premier lieu avec ceux que nous avons traités autrefois dans la Philologische Wochenschrift: v. p. 1* n. 3.

54 Voir plus haut p. 2.

55 L'omission de la première lettre d'un livre ou d'un nouveau paragraphe dans des manuscrits ou dans des incunables est un phénomène si fréquent qu'il n'est guère nécessaire d'en citer des exemples. Nous nous bornerons donc à en citer un seul. Dans le nommé Quadratus de Lucrèce, de la bibliothèque de l'université de Leyde (Vossianus l. 94, du Xme siècle), on rencontre ce phénomène à plusieurs reprises. Ainsi p. ex. I 1052 (f. 10r a) se trouve llud, sans que le i soit ajouté, V 1 on lit uis potis est, sans Q, et ainsi de suite. Souvent aussi la lettre manquante a été ajoutée, en petit caractère par une autre main au commencement de la ligne, apparemment dans l'intention que le miniaturiste dessinât plus tard une nouvelle lettre, ce qui n'est pas arrivé: voir p. ex. II 89, 142, 221 etc.; au feuillet 13v nous avons cinq exemples à la fois (II 388, 392, 398, 404, 408). Au commencement du livre III le titre et le premier mot ont été omis, de sorte que le premier vers commence par tenebris; une autre main a mis un A devant, à tort cependant, car la vraie leçon est probablement E tenebris. Il est curieux de noter que dans le codex Oblongus du même auteur qui se trouve également à Leyde ( Vossianus F 30), on trouve à cet endroit O tenebris, ce qui n'est pas correct non plus: on pourrait en déduire que le mot E manquait déjà dans l'archétype commun de OQ, qui datait certainement de plusieurs siècles plus tôt. -- Parfois la petite lettre restait dans le texte quoique la grande lettre fût en effet ajoutée par le miniaturiste: le Trecensis de Tertullien en donne un bel exemple. Dans ce manuscrit le traité De baptismo finit par les mots suivants du ch. 18,2: scriptum ipsius fidei. Puis on lit: explicit de baptismo. Incipit de penitentia; hoc genus hoies. quod (et) ipsi retro fuimus. Ce sont là les premières paroles de l'écrit De paenitentia; le reste de la ligne a été rempli par un trait. Or, la partie restante de la phrase suit à une nouvelle ligne: Cceci sine domini lumine etc., comme si ce n'était qu'ici que commençait le texte du De paenitentia. Le premier C a été dessiné très grand par le miniaturiste, le second est de la même hauteur que les lettres normales, mais plus mince.

56 Une édition pareille de notre main paraîtra sous peu chez l'éditeur Daamèn, La Haye (avec De patientia et De paenitentia).


Brill Academic Publishers, 1948.  All rights reserved.  Reproduced by permission. Greek text in unicode.


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