REVUE BÉNÉDICTINE (Suppl): BULLETIN D’ANCIENNE LITTÉR. CHRÉTIENNE LATINE, vol. 1 (1921-8), pp. 272-277


691.     H. VON SODEN. Der Lateinische Paulustext. bei Marcion und Tertullian (Festgabe... Jülicher). Tübingen (1927) Mohr p. 229-281.

    H. v. Soden a publié en 1910 une étude importante sur le N. T. latin en Afrique à l’époque de Cyprien. Aujourd’hui il remonte plus haut encore, à l’époque de Tertullien et de la Bible marcionite latine. Car il admet que Tertullien cite Marcion d’après une traduction latine faite à Rome, et qu’il connaît et cite lui-même une traduction latine catholique. Ces deux traductions ont un vocabulaire différent, p. ex. la Bible marcionite disait serere, baptizare, peccatum, la Bible de Tertullien seminare, tinguere, delinquentia. Ces deux traductions sont comparées ensuité avec les citatiòns de Cyprien. Les différences entre Tert et Cy sont une énigme dont la solution nous échappe. 

D. De Bruyne.

|p273

B. — LITTÉRATURE NON-BIBLIQUE.

692.     C. FRIES. Ad. Minuc. Fel. Octav. 34, 2. — Philol. Wochens. 48 (1928) 350-351.

    Essai de correction.

693.     G. D[E] S[ANCTIS]. Minucio Felice e Lucio Vero. — Riv. di Filol. ed. Istr. class. 55 (1927) 233-235.

    Renvoie dos à dos Gudeman et Meyer, à propos de Octav. 18, 5-6. Conclusion: Minucius Felix a écrit, ou avant 161, ou après 200.

694.     G. THÖRNELL. Studia Tertullianea IV. De Tertulliani Apologetico bis edito. — Uppsala, 1926 ; 154 p. 8°.

695.     TERTULLIANI Apologeticum recensuit, praefatus est, appendice critica et indicibus instruxit Dr S. COLOMBO (Corpus Scr. lat. parav., 46). — Turin (1926) Paravia; xxvii-118 p. 8°. Lire 9.50.

    Il est admis depuis bien longtemps que le codex Fuldensis se sépare très nettement de tous les autres manuscrits de l’Apologétique de Tertullien. Il y a quelque vingt-cinq ans, nos études sur la base juridique des persécutions nous amenèrent à constater que tous les codices, sauf celui de Fulda, proviennent d’un même archétype commun qui n’était qu’une copie, et l’examen comparatif de quelques variantes importantes nous fit voir dans Le codex Fuldensis le meilleur manuscrit de l’Apologeticum de Tertullien (Rev. d’hist. et de litt. relig., VII, 1922, p. 322. 353).

Depuis lors la question a été examinée à fond par tous les éditeurs de l’A pologeticus et plusieurs philologues de renom ont consacré de savantes monographies à l’étude de la valeur relative et de la source des deux traditions. La plupart des auteurs — citons Harnack, Loefstedt, Essen, Rauschen,Waltzing — estiment, avec des nuances différentes évidemment, que la recension du Fuldensis se rap­proche le plus de l’original. Dans la recension vulgate, on a fait subir à celui-ci un remaniement important en vue de rendre plus clairs, de «normaliser » une foule de passages obscurs ou moins réguliers.

Déjà anciennement Havercamp avait émis l’hypothèse - reprise en 1914 par H. Schrörs — d’une double édition donnée par Tertullien lui-même. Après avoir publié une série de savantes études philologiques sur le texte de Tertullien (Studia Tertullianea, 1917, 21,22) M. Thörnell vient de reprendre cette hypothèse, en la déterminant davantage et en l’établissant sur des bases plus larges. Le codex de Fulda contiendrait une première rédaction provisoire. Elle portait, surtout dans la seconde partie du traité, une série d’expressions dures ou négligées, |p274 qui devaient subir encore le coup de lime de l’auteur. Mais à l’insu et probablement contre le gré de Tertullien, quelqu’un aurait publié ce travail, que l’auteur s’empressa de reprendre pour en donner une édition corrigée, aujourd’hui conservée dans la recension vulgate. Il est assez frappant que semblable aventure est arrivée au traité Adversus Marcionem, que Tertullien remit trois fois sur le métier. C’est dans ce travail de premier jet que l’auteur ou l’éditeur aurait inséré au chap. XIX un long fragment, que les critiques considèrent généralement comme un morceau authentique mais de style négligé, d’une rédaction provisoire (chap. VII).

Pour étayer cette thèse, M. Th. choisit un grand nombre de variantes, les groupe d’après leur caractère philologique, les compare avec les passages parallèles du traité Ad Nationes ou avec les citations d’auteurs anciens, les étudie au point de vue de la stilistique de Tertullien et cherche à établir que les variantes de la vulgate aussi bien que celles du Fuldensis sont ou peuvent être dans la note du style de l’auteur de l’Apologeticus.

Dans l’examen des variantes qu’il étudie, M. Th. étale un luxe d’érudition vraiment remarquable, une étonnante connaissance de la langue de Tertullien. Les éditeurs de l’Apologeticus y trouveront beaucoup à glaner. Mais nous doutons qu’il convertisse tous les critiques à sa manière de voir. Dans plus d’une correction attribuée par M. Th. à Tertullien lui-même, nous serions porté à voir, avec Loefstedt, Waltzing et Rauschen, des remaniements d’un scribe qui n’a pas saisi la vraie pensée de l’apologiste (p. ex. p. 82, in libidinum impiarum verecundiam) ou qui a voulu introduire ses propres concepts théologiques. Dans le texte du chap. XXI, 28 et 30, p. ex. il a inséré les mots et in eo dans la phrase : per eum [Christum] ET IN EO se cognosci et coli Deus voluit, et a ajouté plus loin dans le même sens commentari divinitatem REM PROPRIAM (p. 94). La même préoccupation théologique apparaît dans le texte du chap. XXIII, 18 (p. 102).

Le savant professeur d’Upsala n’a pu examiner toutes les variantes. Il en a négligé un bon nombre qui n’atteignent pas seulement la forme, l’expression, le style de Tertullien, mais qui touchent à la pensée même de l’Apologiste. Car M. Th. a étudié le texte de Tertullien presque exclusivement au point de vue purement philologique. C’est, à notre humble avis, le point faible de l’argumentation en faveur d’une thèse qui exige que les corrections de la vulgate restent non seulement dans le style mais encore et surtout dans la pensée de Tertullien. Et il semble bien que plus d’une correction présente un sens qui ne cadre pas avec la pensée de l’apologiste. Conçoit-on p. ex. que, dans une discussion juridique sur la valeur des lois de persécution, un esprit jûriste comme Tertullien écrive d’abord (ch. IV, 4): cum JURE definitis dicendo non licet esse vos.., et qu’il se rétracte plus tard en remplaçant la portée juridique de son argumentation par une considération d’ordre sentimental: cum DURE definitis?

Mais voici qui semble plus décisif. Le correcteur n’a pas saisi le plan de l’Apologeticus. Tertullien l’a marqué très nettement au chap. IV. Après son introduction (praefatus), il énonce sa proposition: je prouverai l’innocence des chrétiens |p275 (de causae innocentia consistam), non seulement en réfutant les accusations (refutabo), mais en les retournant contre les accusateurs (retorquebo). Je répondrai ad singula: imputations de crimes occultes (quae in occulto admittere dicimur = infanticide et inceste, chap. VII-IX, in quibus scelesti) et de délits publics (QUAE PALAM ADINVENIUNTUR, chap. X-XLIX = in quibus vani, chap. X-XVIII; in quibus damnandi, chap. XXVIII-XLV ; in quibus inridendi XLVI­XLIX deputamur). A la fin du chap. VI l’auteur revient sur cette distinction: «Nunc enim ad illam OCCULTORUM FACINORUM infamiam respondebo (ch. VII­IX) ut viam mihi ad MANIFESTIORA purgem ». Et à la fin du chap. IX il annonce la seconde partie: «nunc de MANIFESTIS ». Or le scribe de la recension vulgate a remplacé les mots «quae palam adinveniuntur» par ces autres «quae illos palam admittentes invenimus » qui sont inspirés par la phrase précédente (retorquebo), mais qui détruisent complètement l’enchaînement logique du plan de Tertullien. Est-il admissible qu’un tel remaniement vienne de l’auteur lui-même?  Et ce cas n’est pas isolé.            

C. Callewaert,

695. Quelle que soit l’opinion que l’on professe sur l’origine respective du texte « Vulgatus » et du «Fuldensis », il paraît sage de ne vouloir pas combiner les deux recensions, sans autre critère que l’impression favorable ou défavorable que l’une ou l’autre produit sur l’éditeur : il y a en effet, à l’origine de la double tradition manuscrite, autre chose qu’une graduelle dégradation due aux copistes: on est en face d’un texte savamment revisé. On éditera donc les deux formes côte à côte, ou bien l’on fera choix de l’une. Mais on ne corrigera la forme choisie au moyen de l’autre que lorsque la première n’offre pas de sens acceptable. Elle est alors corrompue et l’on a quelque chance que le texte concurrent ait gardé la teneur originale du passage. Si problématique que soit cette déduction, il vaut mieux s’en inspirer que d’imprimer des mots privés de sens.

Mais choisir hanc itaque (I, 4) contre le Fuldensis (= F) qui porte hanc igitur, puis le suivre lorsqu’il omet homines après propterea oderunt (I, 5); ou, un peu plus loin (II, 10) admettre sed nec in isto avec F (contre itaque nec in illo) mais extorquetis contre F (= exquiritis), c’est instaurer la critique conjecturale sans base documentaire et se noyer dans l’arbitraire, car à chaque pas il faudra choisir au petit bonheur.

Ainsi semble avoir fait le Dr S. Colombo dans son édition de l’Apologeticum. Je dis «semble» car il ne formule nulle part ses principes : la préface renseigne sur les manuscrits et éditions puis sur le genre littéraire de l’ouvrage. Le problème textuel n’est pas abordé ex professo, il est plutôt évité (cf. p. xv) et l’éditeur laisse à ses lecteurs le soin de déduire de son oeuvre les critères adoptés pour l’établir. On s’aperçoit vite que, contrairement à Callewaert, M. Colombo estime peu le Fuldensis et qu’il s’est imposé de ne le suivre que rarement. La demi-mesure qui résulte de ce système se montre clairement dans le passage suivant (n° 5 du dernier chapitre). La leçon admise par le Dr Colombo est en italiques. |p276

LEÇONS DU FULD. LEÇONS « VULGATE»
sese Aetnaeis sese Atheniensium Athenaeis
donat donavit
rogo rogo se
evadit dedit
castitatis et pudicitiae castitatis

On soupçonne que le choix des variantes est tout subjectif. Certes M. Colombo ne s’est pas décidé sans motifs, mais sont-ils d’ordre documentaire ? Rien ne le laisse soupçonner.

On comprend donc, sans la partager absolument, l’impression défavorable de M. A. G. Amatucci (dans la Rivista di Filol. ed. Istr. class. 1927, p. 396-402). Il constate que le Dr Colombo s’était permis moins de liberté dans l’édition du même ouvrage, publiée par lui dix ans auparavant.

696.    Q. SEPTIMI FL. TERTULLIANI De Oratione, with Introduction and Notes by R. W. MUNCEY. — Londres (1926) Scott; LXVI­92 p. 80. Sh. 10,6.

L’importance du De Oratione est considérable, surtout au point de vue liturgique. M. Muncey a pensé qu’un commentaire s’adressant à un public plus étendu que les seuls spécialistes serait utile. Il y esquisse d’abord la vie de Tertullien, examine ensuite les circonstances dans lesquelles fut écrit le traité, en donne une analyse et renseigne sur le texte et les éditions. Il montre aussi quelle fut l'influence de l’auteur, l’originalité de son style, le complexe problème de son texte biblique.

L’auteur a fait de louables efforts pour se documenter, sans toujours réussir à orienter heureusement ses lecteurs. Çà et là apparaissent d’énormes méprises: Gorze n'est pas près de Milan (p. xxvii), l’Agobardinus n’est pas du XVII s. (p. xxix). L’édition de Rigault qui, le premier, usa de l’Agobardinus, quand ce ras était moins rongé qu’aujourd’hui par l’humidité, devait être mentionnée. L’information touchant les versions latines de la Bible s’accuse superficielle et pas toujours bien comprise. L’ouvrage de Hans von Soden n’a pas servi ; je ne crois pas non plus qu’on ait consulté le répertoire de Rönsch.

Après l’introduction, le texte même du de Oratione est transcrit suivant Reifferscheid. Il est suivi de notes dont certaines seront utiles et d'un rapide aperçu sur la liturgie africaine au temps de Tertullien.

697.   TERTULLIANI De Corona liber, ad fidem praecipue cod. Agobardini recensuit, praefatus est, appendice critica, criticis adnotationibus et indicibus instruxit J. MARRA. (Corp. Script. lat. parav. 49). — Turin (1927) Paravia; XXVII-47 p. 8°. Lire 6,50.

Excellente édition, à vrai dire la première qui soit critique. |p277

La préface est brève. Elle situe l’opuscule avec précision et elle renseigne sur les critères adoptés pour l’établissement du texte. Il est basé sur l’Agobardinus recollationné soigneusement par M. H. Lebègue, ami de l’auteur. Je regrette vivement que celui-ci n’ait point revu lui-même cette collation : le ms est devenu difficile à lire et, par ses connaissances, M. Marra avait une compétence unique pour s’aider dans le déehiffrement des passages incertains.

Sont joints à l’Agobardinus 3 mss florentins, collationnés par l’éditeur. L’un d’eux: Magliabech. VI. 9 est important. Apparat très soigné. A sa suite une douzaine d’adnotationes criticae traitent plus longuement des passages particulièrement difficiles à restaurer. Un index des noms et un autre des mots complètent ce très bon travail.

Voir la recension de A. Gudeman dans le Philol. Wochens. 1928, p. 207-212. Le volume y reçoit l’hommage qu’il mérite. Mais que ce recenseur est donc grognon!

698.     [R] St. W. J. TEEUWEN. Sprachlicher Bedeutungswandel bei Tertullian (cf. Bull. 571). — Theol. Revue 26 (1927) 67-68 Fr. Schulte.

Admet presque toutes les conclusions, mais rectifie plusieurs points de détail.

699.    A. D. NOCK. Pagan baptisms in Tertullian. — Journ. of th. St. 28 (1926-27) 289-290.

Courte note mais très critique, sur un passage connu du De Baptismo c. 5. Nock défend la leçon ludis Pelusiis qu’on a arbitrairement corrigée. Les usages égyptiens auxquels se réfère Tert. sont mal connus, mais leur existence paraît assurée.

700.     J. G. P. BORLEFFS. Observationes criticae ad Tertulliani Ad Nationes libros. — Mnemosyne 56 (1928) 193-201.

Observations de détail. Le premier passage examiné compare Ad Nat. 1, 3 avec Apol. 2, 18. Le parallélisme des deux textes est si frappant que la plupart des auteurs ramènent, par des corrections, Ad Nat. au sens de l’Apologeticum. M. Borleffs, voulant ne rien changer, croit que dans l’Ad Nat. il ne s’agit pas des forfaits imputés aux chrétiens, mais de leurs vertus. C’est improbable : le terme même de «praesumptio criminum» montre bien que ce sont les crimina dont on veut éviter la preuve en se contentant de les présumer.

701.    TH. BIRT. Marginalien zu lateinischen Prosaikern. — Philologus 83 (1927-28) 164-182.

Tertullien (De Idol. 19 ; Ad Nat. I 2. 4. 7. 10. 16) .Minucius Felix (8, 4 ; 14, 1; 34, 1) Arnobe (I, 26) Ambroise (Exam. IV, 1) et Ennodius (Pan. Theod. p. 268, 14) sont examinés. M. Birt corrige facilement.


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