La Théologie de Tertullien, 3e ed. (1905) pp.  221-3. [English translation]


[p.221]

III. L'ÉCRITURE

On sait déjà que l’Église a reçu de Dieu le dépôt des Ecritures, source principale de la foi chrétienne. Parmi les questions qui se posent au sujet des Ecritures, il y a lieu d'examiner les suivantes

1° Inspiration;
2° Canon;
3° Texte;
4° Exégèse.

Inspiration des Écritures.

Tertullien tient pour divines (divinas) les Écritures de l’A. T., destinées à l’éducation surnaturelle du genre humain 1. Ce caractère appartient tout d’abord aux prophéties. Dignes par leur justice et leur innocence de connaître Dieu, et de le révéler dès l’origine des temps, les prophètes ont reçu à flots l’Esprit divin qui les a instruits des vérités du salut 2;  leurs livres en sont la charte immuable. On a vu plus haut 3 comment Tertullien exagérait l’antiquité de Moïse et des autres prophètes. Mais pour établir leur autorité, cette considération n’est, de son propre aveu, que secondaire 4. Il importe davantage de prouver l’inspiration des prophètes par la vérification historique de leurs oracles. Nous avons longuement développé cette preuve, en passant en revue, d’après Tertullien, les prophéties messianiques.

D’autre part, il admet les Evangiles et les Epîtres des apôtres sur le pied d’une égalité absolue avec la Loi et les Prophètes. Enumérant, dans le traité de la Prescription, les sources de la foi pour l’église romaine, il s’exprime ainsi 5: (Ista ecclesia)

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1. Ap. 20.

2. Ap. 18: Viros enim justitiae innocentia dignos Deum fosse et ostendere a primordio in saeculum emisit Spiritu divino inundatos, quo praedicarent Deum unicum esse...

3. Ch. 1, § 1, p. 6.

4. Ap. 20, début.

5. Pr. 36.



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legem et prophetas cum evangelicis et apostolicis litteris mis­cet; inde potat fidem. L’assimilation du N. T. à l’A. T. est donc complète 1.

Pour établir le dogme, Tertullien cite conjointement et indifféremment l’un et l’autre recueil des Ecritures divines. Ainsi, combattant Hermogène 2 : Ad originale instrumentum Moysi provocabo; un peu plus loin Evangelium ut supplementum instrumenti veteris adhibebo; et il cite Gen. 1, 1; Joan. 1, 3. Ailleurs, énumérant les preuves scripturaires de la résurrection corporelle : Satis haec de prophetico instrumento, ad evangelia nunc provoco; puis : Resurrectionem apostolica quoque instrumenta testantur... Ex ipsius (Pauli) instrumento captentur argumenta.

Analysant le concept l’inspiration, il montre, derrière l’écrivain sacrés Dieu qui se fait avec une sollicitude croissante le précepteur de l’humanité. Œuvre du même Dieu qui l’annonçait dans l'A., le N. T. s’en distingue comme le fruit de la semence 5 : de l’un à l’autre il y a développement d’un même germe primitif, il y a progrès, non opposition. L’A. T. promettait, pour la fin des temps, une nouvelle et plus abondante effusion de l’Esprit divin (Joël, 2, 28). Pleinement en vigueur et seul envigueur jusqu’à la mission de Jean, il a été abrogé, quant à la partie rituelle, par

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1. Complète aussi la foi de Tertullien à chacun des écrivains sacrés. A la pensée d’un désaccord doctrinal entre saint Paul, et saint Jean, il se récrie, Pud. 19 : Totius sacramenti interest nihil credere ab Joanne concessum quod a Paulo sit denegatum. — Si parfois il déclare telle proposition incroyable quand méme on la lirait dans l’Écriture, il ne fait que donner un tour paradoxal à une pensée d’ailleurs orthodoxe. Ainsi Prax. 16 : Sc. et haec nec de Filio Dei credenda fuisse si scripta non essent, fortasse non credenda de Patre licet, scripta.

2. H. 19:

3. Ib. 20.

4. R. 33. 39. 40.

5. 4 M. 11 : Sic concedimus separationem istam per reformationem, per amplitudinem, per profectum, sicut fructus separatur a semine, cum sit fructus ex semine : sic et Evangelium separatur a Lege, dum provehitur ex Lege; aliud ab illa,. sed non alienum ; diversum, sed non contrarium.

6. 5 M. 11 : Testamentum Novum non alterius erit quam qui illud repromisit; etsi non littera, at ejus spiritus, hoc erit novitas... Etsi littera occidit, spiritus vero vivificat, ejus utrumque est qui ait: Ego occidam et vivificabo, percutiam et sanabo.


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l’avènement de l’Évangile 1. Réformé sur ce point, sur d’autres vérifié, sur d’autres encore perfectionné 2, l’A. T. pàlit devant la pleine lumière du N. A la lettre morte a succédé l’Esprit vivifiant. Saint Paul (Gal. 4, 22) montre dans les deux fils d’Abraham la figure des deux Testaments 3. Loin de condamner l’un par l’autre, avec Marcion, il faut y voir deux manifestations coordonnées du même Dieu, qui a fait succéder à la servitude légale la liberté des enfants de Dieu, émancipés en Jésus-Christ.

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1. Jud. 8.

2. Or. 1.

3. 5 M. 4.


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